Rose blanche, rose rouge

Par • Publié dans : Monde romain

Fig. 1 – Aphrodite et Adonis, lécythe aryballisque attique à figures rouges, circa 410 av. J.-C., musée du Louvre (diam. 13, 4 cm).

Vénus surgit de l’onde : ^

Voici un récit d’un autre temps, une légende qui parle d’une époque si éloignée de nous que même la mémoire des Hommes en perd peu à peu la trace et le sens.
En ces temps-là donc, les Dieux et les Hommes se côtoyaient, s’aimaient… nous parlions de l’ « Age d’Or ».
Rappelez-vous, Ouranos (le ciel étoilé) et Gaia (la terre) formaient le premier couple du Monde et enfantèrent les Titans 01)Chez Hésiode il existe six Titans et six Titanides: Océan, Koios, Crios, Hypérion, Japet et Cronos puis Théia, Rhéia, Thémis, Mnémosyne, Phébé et Téthys.
Un soir, le plus jeune d’entre eux, Cronos, se cacha et attendit que son père rejoigne Gaia.
A l’heure où tout s’endort sur Terre, Ouranos, ignorant le danger, étreignait sa femme. Cronos surgit armé d’une serpe d’or et lui trancha les organes génitaux. C’est ainsi que Cronos devint le nouveau maitre de l’Univers….
Des gouttes de sang, du sperme d’Ouranos tombèrent sur l’écume des flots et, de ce curieux mélange, naquit la plus belle de toutes les divinités, Aphrodite.
Sa beauté était des plus éclatantes, ses longs cheveux d’or cachaient à grand peine des formes harmonieuses. Sa peau avait la blancheur du lait, ses yeux étincelaient.
Zéphyr l’aperçut ainsi alors qu’elle sortait de l’onde, la recueillit sur une conque et la poussa vers les rivages de Chypre (fig. 2), à hauteur de Paphos02)Paphos est une ville située sur la côte occidentale de l’ile de Chypre. Elle était consacrée à la déesse Aphrodite/Vénus.

Fig. 2 – La naissance de Vénus. Sandro Botticelli, circa 1485, détrempe sur toile (172,5x 278,5 cm), Galerie des Offices, Florence.
Fig. 2 – La naissance de Vénus. Sandro Botticelli, circa 1485, détrempe sur toile (172,5x 278,5 cm), Galerie des Offices, Florence.

Vénus dégageait un délicieux parfum de fleurs…. et oui, en même temps que la déesse sortait des vagues de Méditerranée, un buisson de roses surgissait à ses pieds.
La rose et la déesse de l’amour parurent ainsi ensemble, liant à jamais leurs symboles, leur histoire, et leurs destinées dans la mémoire des Hommes.

 

Puis vint Adonis ^

Loin de là, en Syrie, le roi Cinyras et sa femme mirent au monde une fille d’une très grande beauté et la nommèrent Myrrha.
La femme du roi se vanta trop souvent et imprudemment que la beauté de Myrrha surpassait en tout point celle d’Aphrodite. Indignée et jalouse de cette mortelle Aphrodite lui inspira un amour passionné pour son père.
Avec la complicité de sa nourrice, Myrrha parvint à partager la couche de son père douze nuits consécutives et se retrouva enceinte de cet amour incestueux. Le roi, fou de douleur et d’indignation, dégaina son poignard et poursuivit sa fille.
Myrrha parvint à s’enfuir, elle gagna la terre de Saba et là, fatiguée par une longue errance, elle s’arrêta souhaitant d’être métamorphosée pour ne plus vivre ni mourir.
Aussitôt, elle se changea en arbre myrrhe : sa peau devint écorce, ses membres se transformèrent en branches, ses larmes transpercèrent le bois et l’écorce pour donner des gouttes de myrrhe. Au bout de neuf mois le tronc se fendit et libéra le bébé qui grandit à l’ombre de sa mère, choyé par les Naïades.
Adonis grandit et devint un jeune-homme d’une telle beauté que Vénus elle-même en tomba amoureuse au point d’en perdre la raison, au point d’oublier qu’elle avait elle-même inspiré à Myrrha un amour sacrilège pour son père.
Les deux amants devinrent inséparables, le temps s’écoulait sans soucis, Vénus s’abandonnait totalement aux charmes de l’éphèbe et cela aurait put durer…une éternité. Eperdument amoureuse d’Adonis, Vénus cessait ses innombrables conquêtes. Elle semblait, pour la première fois, devenir sage et fidèle… oubliant son mari, l’infortuné Héphaïstos et tous ses autres amants.
La jalousie empoisonnait lentement l’un de ces amants et pas n’importe lequel, Arès, l’amant officiel de Vénus !
Pour reconquérir Vénus, le dieu de la guerre décida de supprimer son jeune rival. Il poussa Adonis à partir seul à l’une des chasses les plus dangereuses qui soient, affronter un sanglier avec l’épieu.
Ainsi, Adonis alla s’aventurer dans les forêts profondes. Il débusqua un sanglier énorme et le transperça d’un coup oblique de son épieu. L’animal, un vieux mâle, se débarrassa de cette arme, chargea le jeune héros, lui enfonça ses défenses dans l’aine (fig. 3) et l’étendit mourant, se vidant de son sang, sur le sol verdoyant d‘une clairière.
Vénus entendit les plaintes du mourant et reconnut l’appel de son amant. Elle le chercha puis, du haut des airs, l’aperçut, sans connaissance (fig.4), le corps convulsé, baignant dans son sang03)Ovide, Métamorphoses X..
Elle descendit de son char, courut vers lui et dut, pour le rejoindre, traverser des buissons de roses sauvages, blanches comme l’écume de l’onde qui lui avait donné naissance.
Elle traversa cette mer végétale. Les épines cachées par le feuillage lui blessèrent les pieds nus, lacérèrent ses chevilles et ses jambes.
Lorsqu’elle serra enfin le corps sans vie d’Adonis, elle ne vit pas qu’elle laissait derrière elle un océan de roses pourpres…

Fig. 3 – L’animal, un vieux mâle…Panneau avant d’un sarcophage (75 x 217 x 19 cm), marbre, IIe siècle ap. J.-C. Palazzo Ducale, Mantoue.
Fig. 3 – L’animal, un vieux mâle…Panneau avant d’un sarcophage (75 x 217 x 19 cm), marbre, IIe siècle ap. J.-C. Palazzo Ducale, Mantoue.
Fig. 4 – Adonis mourant, urne cinéraire en terre cuite polychrome (89 x 62 x 40,5 cm), provenance Tarquinia, musée Grégorien étrusque, musées du Vatican.
Fig. 4 – Adonis mourant, urne cinéraire en terre cuite polychrome (89 x 62 x 40,5 cm), provenance Tarquinia, musée Grégorien étrusque, musées du Vatican.

 

La beauté d’un mortel, le sang d’une déesse, il n’en fallut pas plus pour que les roses deviennent rouges. La rose devint ainsi le symbole de l’Amour et plus encore du don de l’Amour.
La rose blanche pour l’innocence, la pureté des premiers sentiments, la rose rouge pour l’amour intense, l’amour fou, la passion…

Mais cette petite histoire ne s’arrête pas là….
Guidé par Hermès, Adonis rejoint donc les enfers et là, sa beauté qui n’avait pas disparu avec sa mort terrestre fit encore des ravages, elle séduisit Perséphone, maitresse des lieux et femme d’Hadès….
Hadès et Vénus en appelèrent à Zeus, Hadès par jalousie et Vénus arguant qu’elle avait les mêmes droits que Perséphone sur Adonis…..
Zeus trancha donc, il divisa l’année en trois parties égales : Adonis passerait l’une avec Perséphone, l’autre avec Aphrodite et la troisième, de petites vacances au fond, lui permettrait sûrement d’échapper aux désirs des deux insatiables et de goûter aux joies d’un repos bien mérité.
Aphrodite tricha: elle porta sa ceinture magique tous les jours, persuada Adonis de lui consacrer sa part personnelle, de délaisser Perséphone et surtout de ne jamais prendre de vacances…. l’Amour n’est-il pas toujours le plus fort ?
PS : Depuis, les deux déesses, Perséphone et Vénus, sont en froid…. et ne se parlent guère, mais ceci est une autre histoire.

Relief représentant Hades kidnappant Persephone. Hades, Demeter, Griffons, Persephone, Hermes, Athena et Aphrodite sont dépeintes sur cette œuvre.
Relief représentant Hades kidnappant Persephone. Hades, Demeter, Griffons, Persephone, Hermes, Athena et Aphrodite sont dépeintes sur cette œuvre.

Attention, ceci n’est qu’une des innombrables versions de cette légende….

Notes   [ + ]

Auteur : René Cubaynes

Agrégé de l’Université, Docteur ès Sciences, titulaire d'une thèse post doctorale sur l'armée romaines : les hommes de la VIIIè Legion Auguste. Président fondateur de la Légion VIII Augusta, et aussi Legatus, connu sous le nom de Marcus Iulius Gallus.

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