Différentes pièces d’ artillerie de l’Antiquité gréco-romaine

Par • Publié dans : Armée romaine

Les premières machines de jet, dépourvues de ressort de torsion. ^

La gastraphètes ^

La gastraphètes est en quelque sorte l’ancêtre de l’arbalète mais avec le système de culasse mobile et de déclenchement de tir qui perdurera sur les machines à torsion. La position horizontale de la crosse s’explique par son système d’armement. Gastra en grec signifie ventre et par extension estomac : l’utilisateur de la gastraphètes s’appuie sur son ventre pour bander l’arc.

gastraphètes reconstituée, musée de Saalbourg
gastraphètes reconstituée, musée de Saalbourg

Rapidement, les dimensions de ce genre de machine augmentèrent jusqu’à atteindre les limites de la résistance des matériaux ce qui expliquera l’invention des ressorts de torsion.

Gastraphètes de Zopiros ou Pétrobole (lanceur de boulet en pierre) 4 ème siècle avant J.C. (Dessin de l’auteur)
Gastraphètes de Zopiros ou Pétrobole (lanceur de boulet en pierre) 4 ème siècle avant J.C. (Dessin de l’auteur)

L’Arcuballista ^

Enfin, contrairement aux machines précédentes qui datent du 4ème voire 3ème siècle avant J.C. L’arcuballista que l’on pourrait qualifier d’ancêtre direct de l’arbalète dont le nom dérive directement (arc= ballista) est plus tardive car elle est mentionné par Végèce dans son traité. On sait très peu de choses sur cet engin si ce n’est que bien moins puissant qu’un petit scorpion, il était peut être utilisé pour la chasse.

arcuballista
Bas relief musée du Puy en Velay

Les machines à ressort de torsion ^

Les ingénieurs de Philippe II de Macédoine et plus particulièrement son architecte Polyeidos inventèrent aux environs de 340 a.C. le principe du ressort à torsion qui allait rapidement s’imposer car il permettait d’obtenir une puissance appréciable sans dommage pour les machines. Ils se sont en effet rendu compte que les propriétés de puissance de solidité et d’élasticité des tendons d’animaux utilisés pour les arcs composites pouvaient être exploitées différemment pour une meilleure efficience. Il existe plusieurs façon de catégoriser les machines de jets antiques : suivant leur période d’utilisation, leurs spécificités techniques, leur utilisation…

Le plus simple me semble dans un 1er temps de les différencier en fonction des projectiles utilisés : ainsi, se dégage deux grandes catégories, les lanceurs de traits et les lanceurs de boulets.

Les lanceurs de traits. ^

On peut à leur tour les subdiviser en deux catégories : les catapultes de type euthytone (cadre en bois monobloc renforcé de métal) et les balistes à flèches de type palintone munis uniquement d’un cadre métallique beaucoup plus « aéré » et léger que le cadre en bois.
Les premiers sont les plus anciens, l’oxybèles grec et son cousin germain le scorpion romain sont les pièces les plus répandues et les mieux connues de l’Antiquité. Quelles que soient leur taille, leur architecture reste identique, les dimensions de l’engin correspondant à la taille du projectile comme l’explique l’ingénieur romain Vitruve au chapitre X du tome X de son œuvre « De Architectura ».

Ainsi ce type d’engin peut se décliner en différentes tailles

Le « Scorpio minor » ^

est en fait une version portative

scorpio minor
L’auteur avec une reproduction de scorpio minor

Le scorpion ^

un peu plus imposant dont on sait qu’il fonctionnait avec trois servants.

scorpion
le scorpion et ses 3 servants

Le Polybolos ^

Enfin, il existait des scorpions encore plus imposants qui étaient souvent utilisés sur des navires et qui propulsaient de véritables poutres sur les galères ennemies.
N’oublions pas un cas tout à fait particulier dont on pense qu’il ne dépassa probablement pas le stade « expérimental » : véritable ancêtre de la mitrailleuse.

polybolos
reproduction d’un Polybolos, reproduction du musée de Saalboug

les balistes à flèches ^

Apparus plus tardivement, probablement dans la seconde moitié du 1er siècle après J.C., les balistes à flèches gardent le même principe de fonctionnement mais modernisent certaines pièces notamment le cadre qui devient entièrement métallique mais paradoxalement bien plus léger que le vieux cadre en bois renforcé de métal des scorpions « classiques ». Ce nouveau type d’engin, plus léger, moins encombrant, offre en outre un champ de visée bien plus commode. Si on ajoute à cela que cette nouvelle architecture permet un remplacement très rapide d’un ressort de torsion si celui-ci venait à s’abimer. On comprendra pourquoi sur la colonne trajane, seuls des bas-reliefs de ces nouvelles machines sont présents.

baliste à flèches
Baliste à flèches – dessin de l’auteur

Monté sur un chariot, ces balistes deviennent une véritable artillerie légère mobile en prenant le nom de carrobaliste.

carrobaliste
Carrobaliste – détail d’un bas relief de la colonne trajane

Les lanceurs de boulets ^

Appelés lithobole chez les grecs ou pétrobole chez les romains, ces lanceurs de boulets sont de deux catégories :

La baliste ^

dont le système est comparable à celui des scorpions, c’est-à-dire deux ressorts de torsion placés verticalement dans un cadre, chaque ressort agissant sur un bras, les deux bras étant reliés par une corde archère disposant d’une poche pour le projectile.

baliste
Baliste de la cohorte Opladen – rassemblement Marle 2010

L’onagre ^

plus tardif (bien que l’on ait très peu de sources écrites sur cet engin dont l’architecture particulière est plutôt connue de la plupart des gens) est une machine de jet muni d’un seul et énorme ressort de torsion positionné horizontalement au raz du sol et qui fait fonctionner un seul bras propulseur à l’extrémité duquel se trouve soit une cuillère en bois soit un système de fronde qui amplifie la force d’éjection du projectile.

onagre
Onagre de l’ESG à Marle 2010

Auteur : Jactor

Laurent Cabot, alias Lucius Cornelius Jactor est un membre éminent de la Légion VIII Augusta, artilleur et ingénieur en chef. Il est aussi dans le « civil » professeur de lettres / histoire au Lycée Professionnel de Chardeuil et se trouve être passionné d'histoire, de littérature et amateur de bons mots...

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